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L’économie coréenne face à la crise : une résilience à l’épreuve du choc de demande mondiale

Par Léo Besson, Attaché économique et financier, Service économique de l’Ambassade de France en Corée 

 

Bien que très dépendante du commerce international, et affectée très tôt par le COVID-19, la Corée, de par sa gestion efficace de la crise sanitaire, a su jusqu’ici limiter l’impact négatif de la crise sur son économie. Alors qu’un durcissement de la conjoncture, avec la chute de la demande mondiale, semble inéluctable au 2e trimestre, le gouvernement continue à renforcer ses dispositifs de soutien. 

 

Une croissance en baisse, mais qui souligne une résilience relative de la Corée 

Selon la Banque de Corée, la croissance coréenne se serait repliée de 1,4 % au 1er trimestre 2020 par rapport au 4e trimestre 2019, soit une croissance de 1,3% par rapport au 1er trimestre 2019. Si ce chiffre de -1,4 % constitue un plus bas depuis 2008, il distingue la résilience de la Corée en comparaison d’autres économies asiatiques ayant déjà publié leurs chiffres du 1er trimestre, comme la Chine (-9,8 % trimestriel ; -6,8 % annuel) ou Singapour (-10,6 % trimestriel; -2,2 % annuel). 

 

Prévisions de croissance 2020 et 2021, World Economic Outlook, FMI1 

 

 

S’il est risqué de parier sur un chiffre de croissance 2020 aujourd’hui - les dernières prévisions oscillant de +1,3 % pour la Banque Asiatique de Développement à - 6,7 % pour Nomura - le FMI, qui voit la croissance coréenne reculer à - 1,2 % sur l’année, considère la Corée comme le pays de l’OCDE qui subirait l’ajustement baissier lié à la crise le plus faible (-3,4 points par rapport aux prévisions de janvier). Les prévisions dessinent par contre un risque déflationniste, comme illustré par l’inflation sous-jacente (hors prix volatils de l’énergie et des produits frais), qui a touché son plus bas historique en mars, à 0,4 %. 

 

Maintien relatif au 1er trimestre, durcissement attendu au 2e trimestre

Sur le 1er trimestre, la baisse de la consommation privée (- 6,4 % trimestriel) explique le repli, déprimée par la distanciation sociale précoce, et l’effondrement du tourisme entrant, en particulier chinois (presque 40 % du tourisme étranger en Corée), dès fin janvier. La prégnance du e-commerce (¼ de la vente de détail en Corée, record mondial) et l’efficacité des mesures sanitaires ont permis de limiter ce repli.

 

Contribution par type de dépenses aux variations du PIB trimestriel2, Bank of Korea 

 

 

Le 2e trimestre, comme confirmé par le Ministère de l’Economie et des Finances coréen, devrait voir un durcissement de l’impact sur la production et les exportations, alors que celles-ci n’ont pas encore subi la contraction de la demande mondiale au 1er trimestre (-0,8 % trimestriel en volume ; + 6,3 % annuel). Les chiffres depuis mi-mars montrent un repli moyen de 20 % des exportations en valeur, avec notamment l’affaiblissement des exportations de semi-conducteurs, soutenues au 1er trimestre.  

Côté emploi, les chiffres de mars indiquent une hausse du taux de chômage (corrigé des variations saisonnières) de 0,5 point : le nombre total de salariés a reculé de 230 000 sur un mois en mars, soit -0,9 %, dont 190 000 dans le commerce et la restauration. L’emploi temporaire ou journalier (-300 000 sur un mois) a jusqu’ici servi de variables d’ajustement aux entreprises.

 

La Corée a multiplié les dispositifs pour soutenir son économie 

Après avoir mis en place premières mesures de soutien en février, le gouvernement a commencé à structurer, depuis la mi-mars, l’essentiel de son dispositif de soutien. Celui-ci repose sur un dispositif agile associant contributions directes de l’Etat, engagements forts des banques publiques pour soutenir les entreprises (Korea Development Bank, Export-Import Bank of Korea…) et contributions marquées des grandes institutions financières afin de soutenir le financement des entreprises.  

 

Principales mesures au 27 avril (non exhaustif) 

Budgets supplémentaires 

Montant 

Date 

Principaux éléments 

1er budget 

11,7 Tn KRW 

17 mars 

(voté) 

Aides aux ménages modestes, aide à la garde d’enfant, prêts aux PME, aides pour Daegu et Gyeongsang 

2e budget 

14,3 Tn KRW 

(Provisionnel) 

Fin avril 

Allocation finalement universelle de 0,4 à 1 M KRW pour les ménages. Exonérations de cotisations sociales 

3e budget 

9,3 Tn KRW  

(plan emploi uniquement) 

22 avril (annoncé) 

« New deal » : financement de 530 000 emplois, paiement et extension des aides chômage. Possible recapitalisation de KDB et KEXIM, ce qui augmenterait le total 

Autres mesures 

 

 

 

 

20 Tn KRW 

28 février 

Prêts aux entreprises, baisse de TVA sur l’automobile 

 

Jusqu’à 100 Tn KRW 

19 mars 

58 Tn KRW - prêts, garanties, délais de paiement - pour les entreprises. 42 Tn pour stabiliser les marchés (fonds action et obligataire) 

 

50 Tn KRW 

8 avril 

Extensions de maturité de crédits exports. Baisses d’impôt. Avances sur commande publique 

 

Jusqu’à 75 Tn KRW 

22 avril 

Fonds KDB de 40 Tn KRW pour les industries clés : automobile, transport aérien, naval, équipements, énergie, télécom. Extension des dispositifs du 19 mars 

 

Cette mobilisation a permis à la Corée de rassurer sur sa capacité à défendre les entreprises, mobilisant une surface financière de plus de 10 % de son PIB, tout en limitant relativement, pour le moment, le creusement du déficit du gouvernement central : les estimations du gouvernement pour le 2e budget supplémentaire3 faisaient état d’un déficit du gouvernement central (hors excédent de la Sécurité Sociale) à 4,3 % du PIB pour 2020, soit 0,7 point de plus qu’attendu dans le budget 2020 et 1,6 point de plus qu’en 2019. 

 


1 ASEAN-5 = Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, Vietnam

2 Le recul des importations (-4,1 % en g.t au 1er trimestre) contribue, en comptabilité nationale, à une hausse du PIB

A la date de la rédaction de l’article, l’ampleur du 3e budget est encore l’objet de débats, certaines sources évoquant un effort de l’ordre de 30 Tn KRW, soit 1,6 % du PIB. 

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