Analyses & Etudes

Tendances et perspectives de la gestion ESG en Corée du Sud : une analyse à partir du prisme médiatique

Tendances et perspectives de la gestion ESG en Corée du Sud : une analyse à partir du prisme médiatique

Au cours de vingt dernières années, les critères ESG ont évolué rapidement. Si dans les années 2000, les notions de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et de durabilité de l’entreprise se sont précisées, durant la décennie suivant la crise financière mondiale, la gouvernance transparente des entreprises a quant à elle fait surface. Depuis 2020, c’est la notion de « capitalisme des parties prenantes » [1] qui gagne du terrain. Avec la crise de la Covid-19, la Corée du Sud a commencé à valoriser la notion d’ESG. Et elle n’est pas la seule : confronté au changement climatique et à la crise sanitaire sans précédent, le monde entier prête une attention accrue à cette nouvelle norme, accompagnant un changement de paradigme d’un modèle économique traditionnel centré sur la valeur actionnariale vers un capitalisme des parties prenantes . Ainsi, les investisseurs socialement responsables mais aussi les investisseurs institutionnels et les entreprises considèrent les critères ESG à la fois comme une opportunité et un facteur de risque.

Afin d’identifier les risques ESG auxquels les entreprises sud-coréennes peuvent être exposées, Who’s Good a recensé, à l’aide de l’IA, les incidents liés aux critères ESG. Selon nos résultats, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2021, 23 419 articles de presse ont relaté  des incidents ESG et 623 entreprises cotées sur 2 699 étaient impliquées dans un de ces incidents. Autrement dit, une entreprise cotée sur quatre a rencontré un problème de ce type.

 

La multiplication des problèmes liés à la dimension sociale (S), à commencer par les risques liés de chaîne d’approvisionnement

 

L’année 2021 est marquée par l’augmentation considérable du nombre d’articles traitant des incidents environnementaux et sociaux. Par rapport à 2017, les articles relatifs aux incidents environnementaux des entreprises ont été multipliées par 2,4 et ceux à propos des incidents sociaux, par 2,6. Mais le volume de ceux liés à la gouvernance a diminué  d’environ 35 %.

 

Nombre annuel d’articles sur les incidents liés aux critères ESG

En 2021, les incidents sociaux ont été évoqués dans 12 592 articles. Ils ont ainsi été le plus rapportés parmi les trois piliers. Ce chiffre est 1,7 fois plus élevé que le nombre d’articles sur la gouvernance (7 851). Il est à noter que depuis 2015, l’année où la première analyse a été effectuée, les problèmes liés aux consommateurs (4 537) ont occupé le premier rang devant la « moralité » des entreprises. Cette dernière met en cause les fautes des dirigeants telles que le détournement de fonds, l’abus de confiance, la fraude fiscale, etc., alors que les problèmes liés aux consommateurs remettent en question la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de ses produits et services (sécurité des produits, rappel des produits…) ainsi que sa relation avec la clientèle (protection des données personnelles, litiges…)

Cette tendance n’est pas limitée à la Corée du Sud. Dans son rapport sur les risques ESG, ISS (Institutional Shareholder Services) a élu les « conditions de travail » comme mot de l’année 2021. Selon cette société de conseil spécialisée dans la gouvernance, à la suite de la pandémie, la santé des salariés et la sécurité de leurs lieux de travail revêtent plus d’importance. De plus, les droits des travailleurs dans les chaînes d’approvisionnement sont devenus un enjeu important.

En 2021, la Corée du Sud a compté au total 2 885 articles publiés sur les risques des chaînes d’approvisionnement. Ce nombre a presque doublé par rapport à l’année précédente. En particulier, les articles traitant des conditions de travail, de la violation de la Loi relative à la sécurité et à la santé au travail et des pratiques déloyales  qui surviennent dans les entreprises sous-traitantes se sont multipliés. Si les risques liés à la chaîne d’approvisionnement ont fait surface en 2021, c’est à cause de la pandémie mais aussi à cause du devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité introduit par l’UE. Le mauvais fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement mondiale dû à la crise sanitaire a révélé la faiblesse de la division internationale du travail. En mars 2021, l’UE a adopté la proposition de directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité de leur chaîne d’approvisionnement, afin d’instaurer une loi obligeant les entreprises à recenser leurs incidences négatives, réelles ou potentielles, sur les droits de l’homme et l’environnement. LaFrance, les Pays-Bas et l’Allemagne mettent déjà en œuvre les lois concernées. Ce mouvement constitue un risque de conformité non négligeable pour les fournisseurs sud-coréens qui travaillent avec des entreprises européennes.

 

La gestion ESG indispensable pour les PME et le développement du prêt à impact

 

Alors que les grandes entreprises commencent à exiger une vérification diligente des critères ESG à leurs fournisseurs, ces critères sont devenus particulièrement importants  pour les PME,. Pourtant, bon nombre d’entre elles ne sont pas dotées d’une équipe en charge de la stratégie ou la gestion environnementale. Selon un sondage mené par la Fédération coréenne des petites et moyennes entreprises (KBIZ) auprès de 621 PME, 20% des entreprises interrogées se sont vu demander une évaluation ESG. Mais les entreprises partenaires l’ayant exigée ne leur viennent aucunement en aide (64,5%) ou se contentent d’apporter un soutien léger ou insignifiant (16,9%). Les PME pour lesquelles la survie est la priorité, sont réticentes à l’idée de mettre en place activement un système de gestion ESG. Pour cela, le soutien du gouvernement est indispensable.

Dans ce contexte, en février 2022, le premier prêt à impact positif (Sustainability Linked Loan) a été lancé en Corée du Sud dans le but de compléter la stratégie de durabilité des PME et de renforcer leur capacité à réagir aux incidents liés aux critères ESG. Le prêt à impact positif est un crédit dont le taux d’intérêt est indexé sur la performance ESG des entreprises. Selon le degré d’accomplissement des objectifs durables des emprunteurs, le créditeur réduit ou augmente son taux d’intérêt.

Six mois après son lancement, ce crédit a déjà attiré 245 entreprises et dépasse 93, 2 milliards de won (plus de 65 millions de dollars). Les demandeurs doivent d’abord se fixer un ou deux objectifs : la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’amélioration de l’efficacité énergétique, la réduction de la consommation d’eau, la réduction des déchets, la construction d’un système de gestion conforme à la Loi relative à la sécurité et à la santé au travail, etc. Puis ils doivent établir un plan pour les réaliser. Un an après la conclusion du prêt, ils sont soumis à un audit. Selon les statistiques, 41% des entreprises candidates ont choisi comme objectifs la réduction des émissions, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la production d’énergie renouvelable (introduction de nouveaux équipements) ; 6%, la  réduction des déchets et l’accroissement du taux de recyclage ; et 14%, l’obtention du certificat de sécurité et santé du travail.

La notion d’ESG, autrefois axée sur les investisseurs, continue à se transformer. Elle devient une norme créant de la valeur non seulement pour les actionnaires mais aussi pour toutes les parties prenantes, y compris les employés, les collectivités locales, les consommateurs et pour l’environnement. La gestion ESG s’impose comme un impératif aux entreprises cotées mais aussi aux PME, start-ups et institutions publiques. Il serait souhaitable que cette évolution des critères ESG contribue au changement de mentalités et stimule les investissements dans les entreprises durables.

 


[1] De l’anglais “Stakeholder Capitalism” qui indique la nécessité pour une entreprise de considérer non seulement les actionnaires, mais aussi tous ceux qui participent au succès de l’entreprise et la société dans son ensemble. Le concept est théorisé pour la première fois par Klaus Schwab en 1971, le fondateur et PDG du Forum Economique Mondial

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